Des travailleurs à New Delhi, en Inde, trient un tas de vieux téléphones hors service

En 2016, nos appareils électroménagers ou électroniques ont généré 44,7 millions de tonnes de déchets dans le monde, un volume qui devrait augmenter de 17% d’ici 2021. (Photo de Bloomberg Creative Photos)

Innovation | Technologies

Face à l’obsolescence, les consommateurs sont loin d’être les victimes qu’on imagine

Combien de temps avez-vous gardé votre dernier téléphone? Et votre grille-pain? Pas assez longtemps, dites-vous, mais à qui la faute?

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Depuis une quinzaine d’années, la réponse courante était le fabricant, accusé de se jouer du consommateur en limitant la durée de vie de ses produits.

Une en mai 2018 vient néanmoins mettre les choses en perspective : les citoyens aussi ont leur part de responsabilité dans cette consommation excessive d’appareils électroménagers ou électroniques (AEE). Selon cette étude, 86 % des répondants pensent que leurs AEE sont volontairement conçus pour ne pas durer, ce qui justifie en partie qu’ils les remplacent à un rythme plus soutenu qu’ils ne le devraient. Seulement 15 % des sondés n’avaient acheté aucun appareil électroménager dans les deux dernières années (17 % pour les appareils électroniques).

Corrélat direct : 60 % des Canadiens renouvellent leurs appareils dans les cinq ans qui suivent l’achat, notamment en raison du prix payé et de la valeur perçue : à quoi bon faire réparer un AEE bon marché si les pièces détachées coûtent plus que le prix d’achat? De fait, seulement 19 % des répondants ont fait réparer un appareil électroménager en cas de mauvais fonctionnement (26 % pour les appareils électroniques).

Ce cynisme des consommateurs à l’égard des fabricants et des détaillants, comme l’expliquait Fabien Durif, directeur de l’ à l’ESG UQAM lors de la , vient aussi de l’abus qui a été fait de l’expression « obsolescence programmée ». On devrait distinguer plusieurs types d’obsolescence : technologique (comme une nouvelle appli incompatible avec certains anciens modèles de téléphone), économique (comme des pièces détachées indisponibles) ou psychologique (obsolescence esthétique ou écologique, recherche de la nouveauté, effet de mode).

Cette dernière est particulièrement à l’œuvre pour les appareils électroniques. Les déclencheurs utilisés par les entreprises, comme les promotions ou les programmes de fidélité des cartes de crédit, influencent fortement les consommateurs. Les conséquences environnementales : en 2016, 44,7 millions de tonnes de déchets AEE ont été générées dans le monde, un volume qui devrait augmenter de 17 % d’ici 2021.

« Les gens ne cherchent plus à combler un besoin, mais un désir, et laissent leurs émotions l’emporter sur une bonne stratégie de consommation », soulignait Olivier Bourgeois, d’, à la table ronde organisée pour le dévoilement de l’étude.

Ailleurs dans le monde

Laetitia Vasseur, cofondatrice de , était également présente. Son association entend surtout donner une voix aux consommateurs pour qu’ils obtiennent des AEE plus durables, mais aussi réparables. La Suède a d’ailleurs fait des démarches en ce sens en instaurant (au lieu de 25 %), un incitatif fiscal dont profitent clients et prestataires.

La France aussi prend les choses au sérieux. C’est le seul pays à considérer l’obsolescence comme un délit, ce qui a permis à HOP de déposer l’an dernier une plainte contre Epson. L’association accuse le fabricant de rendre volontairement ses cartouches inutilisables – et l’imprimante avec – même si elles contiennent encore de 20 % à 50 % d’encre. La loi française a d’ailleurs incité le Parlement européen à publier un rapport d’initiative pour lutter contre l’obsolescence et l’ONU à demander la prolongation de la durée de vie des produits.

En janvier, HOP a déposé une plainte contre Apple, quand l’entreprise a admis que certaines mises à jour ralentissaient les plus anciens modèles d’iPhone. Aux États-Unis, 60 recours ont été déposés devant 16 tribunaux contre Apple pour tromperie, désinformation ou obsolescence. D’autres plaintes diverses ont été déposées dans plusieurs pays, dont , et .

Au-delà de la plainte, HOP cherche à créer des coalitions qui incluent autant les consommateurs et les institutions que les entreprises. Pour Laetitia Vasseur, c’est une question de devoir envers les consommateurs, mais aussi une opportunité pour les entreprises pionnières de réfléchir à de nouveaux produits tout en améliorant leur réputation – et la confiance qu’elles inspirent.