femme équitation wattbike dans la chambre d'hôtel

En mai dernier, Hilton lançait ce nouveau type de chambre avec gym intégré dans dix de ses hôtels (Austin, Atlanta, Orlando). (Photo de Francesca Vitulano)

Articles de fond | Magazine Pivot

Chambre d’hôtel grand confort, avec gym privé

S’adonner au yoga et lever poids et haltères sans quitter sa chambre, voilà la nouvelle obsession des voyageurs.

A Facebook IconFacebook A Twitter IconTwitter A Linkedin IconLinkedin An Email IconCourriel

Au premier coup d’œil, on se croirait dans une chambre d’hôtel comme les autres : un grand lit et, en face, une télé à écran plat et un bureau. Détrompez-vous. 

Disparu, le fauteuil de bureau. À sa place, un ballon d’exercice trône. Derrière, quatre vélos stationnaires flambant neufs, dont un Wattbike, le nec plus ultra. Louangé par des cyclistes de haut niveau, l’appareil se connecte à une appli d’entraînement. À côté du lit, un centre de musculation Gym Rax avec poulies murales TRX. S’y ajoutent une série de ballons lestés et des tapis de sol. Les moindres détails ont été pensés dans l’esprit fitness : boissons protéinées et eaux vitaminées au bar d’hydratation, et, dans la salle de bains, parmi les shampoings et gels douche en tout genre, baume Biofreeze pour soulager les muscles endoloris. 

En mai dernier, Hilton lançait ce nouveau type de chambre avec gym intégré dans dix de ses hôtels (Austin, Atlanta, Orlando) et l’étendra bientôt à six autres. L’idée est d’offrir au client une séance d’entraînement, en toute commodité. Une séance qui se veut personnalisée, énergisante à souhait. On a même pensé à des messages de motivation, intégrés aux vidéos d’exercice qu’on lance sur l’écran tactile du téléviseur. « Nos essais pilotes ont indiqué que les clients rêvaient d’une aire de conditionnement physique bien équipée, pour varier leur entraînement, de jour en jour », explique Melissa E. Walker, directrice principale au bien-être, à l’échelle des enseignes Hilton. 

Selon Elle Lasher, spécialiste des habitudes de consommation à WGSN, société de prévision des tendances, le secteur hôtelier prend le virage fitness au pas de course. L’offre de services hyper-individualisés cible à la fois les jeunes, avides d’expériences personnalisées, et une clientèle d’affaires, fatiguée des appareils vétustes relégués au sous-sol, dans une pièce exiguë à l’éclairage blafard.

De l’avis de Joe Chan, avocat et associé du cabinet Richards Buell Sutton à Vancouver, « trop souvent, à l’hôtel, la salle d’exercice semble avoir été ajoutée après coup. Pourtant, si je me paie un séjour de luxe pour rendre moins pénible un voyage d’affaires, je m’attends à ce qu’on soigne les détails. Un gym, c’est bien plus qu’une pièce aveugle où on a flanqué un tapis de course ». 

Airbnb livre une concurrence féroce au secteur hôtelier. D’ailleurs, Forbes rapporte une baisse de 1,5 % du revenu hôtelier dans les 10 villes américaines où Airbnb se taille une bonne part du gâteau. On comprend donc aisément pourquoi tant d’hôtels jouent du coude pour se distinguer dans un créneau qui reste fermé au géant de l’habitation partagée, où se font rares les services complémentaires : les prestations haut de gamme axées sur le bien-être. « L’économie du partage a ébranlé le secteur hôtelier et l’oblige à changer, à faire preuve de créativité pour répondre aux désirs des consommateurs », ajoute Mme Lasher.

Dans les 10 établissements Hilton participants, 29 chambres ont été métamorphosées en gym privé, à un tarif majoré d’environ 20 % par rapport à une chambre de luxe habituelle. « Au vu de la réaction extrêmement positive, beaucoup de ces hôtels songent à transformer davantage de chambres », précise Mme Walker. On note un taux d’occupation qui avoisine 70 %, comparable à celui des autres chambres de luxe.

Cependant, l’idée de combiner chambre d’hôtel et mise en forme n’est pas si neuve. En 2014, déjà, le groupe InterContinental ouvrait ses hôtels EVEN, entièrement conçus pour le bien-être, à Rockville (Maryland), à Brooklyn (New York) et à Eugene (Oregon), entre autres. Chaque chambre comporte un coin sport-détente, avec blocs et tapis de yoga, ballons d’exercice et sangles élastiques. Aux murs, des slogans poussent les clients à redoubler d’efforts. Ils bénéficient aussi d’un accès à des vidéos d’exercice sur la chaîne YouTube du groupe hôtelier. Et, naturellement, repas bio et collations santé figurent au menu.

Quantité d’hôtels, toutes catégories confondues, veulent promouvoir leur crédibilité sur le marché du séjour sportif en s’associant à des marques réputées. Ainsi, le programme de location de vêtements de sport New Balance, mis en place par le groupe hôtelier Westin, permet, à petit prix (5 $), de voyager plus léger. Au Fairmont de l’aéroport de Vancouver, qui fait équipe avec Reebok, on propose une gamme de prestations, contre un forfait quotidien de 20 $ à 50 $ : prêt de vêtements de sport, collations nutritives, accès au gym… rien n’y manque! Et, s’étant alliée à Lululemon, la chaîne Le Germain offre au client de visionner des vidéos de yoga dans le confort de sa chambre, où sont installés des tapis de yoga. 

Si Hilton, InterContinental, Le Germain et compagnie n’ont pas encore dévoilé leurs chiffres, une récente étude du Cornell Center for Hospitality Research révèle le potentiel de la mise en forme. Sur 782 voyageurs sondés dans 33 hôtels aux États-Unis, 46 % affirmaient avoir l’intention de s’entraîner au cours de leur séjour, mais 22 % mettaient à exécution leurs louables résolutions.  

Faciliter le passage à l’action pourrait suffire à réduire cet écart. Comment? En mettant à la disposition du client tout le nécessaire : équipement, habillement, et même slogans de motivation. Jusqu’à l’onguent Bengay dans le tiroir de la table de chevet.