Sarah Burch

Sarah Burch pense qu’il faut « voir au-delà des paramètres… C’est souvent une vision mobilisatrice de l’avenir qui fait défaut. On oublie que le futur se conjugue au présent, en l’imaginant d’abord ». (Photo de Nathan Cyprys)

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Optimiser le virage vert

On compte 1,1 million de PME au Canada. Pourquoi sont-elles absentes du discours sur la durabilité?

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Qu’est-ce que la durabilité? Si vous cherchez une réponse toute faite, inutile d’interroger Sarah Burch. Pour elle, « l’une des beautés du concept réside dans son imprécision même. Bien sûr, en affaires, ce flou peut s’avérer frustrant; mais il nous oblige à réfléchir à la signification de la durabilité, à l’avenir que nous voulons bâtir et aux moyens d’y parvenir ».

Sarah Burch, 37 ans, est professeure agrégée de géographie et de gestion environnementale, et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance de la durabilité et l’innovation de l’Université de Waterloo. En juin dernier, elle a accédé au cercle des « 40 Canadiens performants de moins de 40 ans », triés sur le volet par un comité de chefs d’entreprise. Chercheuse particulièrement prolifique, elle est spécialisée en « durabilité sociale » – c’est-à-dire dans l’exploitation du capital de créativité et d’agilité des villes, des quartiers et des petites entreprises en vue d’un avenir plus vert pour notre pays. Au Congrès UNIS de CPA Canada qui se tiendra en octobre à Halifax, Mme Burch traitera de l’approche de la durabilité des entreprises au moyen de stratégies privilégiant un changement bien planifié radical – plutôt que par petites touches.

Selon elle, « les gouvernements et les grandes sociétés dominent le discours sur la durabilité. Pourtant, ce sont les PME qui emploient la majorité des Canadiens dans le secteur privé et elles s’intègrent beaucoup plus à la vie de la collectivité. Elles sont en position de force pour déceler des possibilités de créativité et d’innovation qui n’existeraient pas sans elles. »

Donner de la durabilité une définition aussi vague n’est pas se dérober : c’est faire valoir que, avec autant de PME au Canada, on pourrait bénéficier d’autant d’approches différentes. Et l’effet cumulatif de ces millions d’innovations, issues des besoins et des capacités à l’échelle locale, serait globalement transformateur.

86 % des propriétaires canadiens de PME jugent les enjeux de la durabilité importants.

Mais à quel point les PME se soucient-elles de la durabilité? Pour le savoir, Sarah Burch a réalisé une étude l’an dernier auprès de 1 695 PME, à Toronto et à Vancouver. Or aux yeux de 86 % des sondés, les enjeux de la durabilité sont importants, au-delà des économies qu’ils génèrent. « En général, la réputation au sein de la collectivité compte davantage. »

Ces résultats n’ont pas étonné l’ancienne boursière postdoctorale au Centre de recherche interactive sur la durabilité (Université de la Colombie-Britannique) qui s’est intéressée au virage vert réussi par certaines petites entreprises au cours de la dernière décennie. Ainsi, Tinhorn Creek Vineyards, exploitation viticole de la vallée de l’Okanagan, allie à des méthodes applicables partout (bouteilles plus légères pour réduire les émissions de carbone pendant le transport) d’autres mesures adaptées au climat chaud et semi-aride des lieux (système d’irrigation plus efficient). Toujours en Colombie-Britannique, Café Van Houtte a converti au propane 20 camions et optimisé les trajets de livraison. Le constat après deux ans : réduction des émissions de 19 % et économie de 200 000 $. Comme cette conversion a coûté 5 000 $ par véhicule, la mise a pu être remboursée dans l’année.

Cela dit, les grands bonds ne s’avèrent pas toujours profitables aussi vite. Beaucoup de PME ne disposent que de ressources limitées – marges, temps, argent, personnel – et n’osent s’y risquer. À la tête d’un nouveau partenariat de sept ans, Mme Burch entend s’attaquer à ces obstacles. Ce projet visant à accélérer les initiatives durables des entreprises dans les sphères locales associe plusieurs pôles de recherche au Canada, aux États-Unis, en Australie et en Europe.

Les petites entreprises se démarquant par leurs idées innovantes recevront chacune un financement de démarrage d’environ 10 000 $. L’équipe universitaire encadrera les projets individuels dont l’analyse subséquente permettra de « comprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas ».

Et, le moment venu, le rôle de la comptabilité sera de déterminer à quelle aune évaluer ces innovations. « Selon la formule consacrée, on ne peut gérer que ce que l’on peut mesurer. » Mais, pour l’heure, Sarah Burch pense qu’il faut « voir au-delà des paramètres… C’est souvent une vision mobilisatrice de l’avenir qui fait défaut. On oublie que le futur se conjugue au présent, en l’imaginant d’abord ».