Le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney

Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, trouve essentiel l’appui que donne CPA Canada aux recommandations du Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (Task Force on Climate-related Financial Disclosures, ou TCFD). (Peter Nicholls/WPA Pool/Getty Images)

Monde | Durabilité

L’adhésion de CPA Canada aux recommandations liées au changement climatique est essentielle

Dans un entretien avec Joy Thomas, le gouverneur de la Banque d’Angleterre livre sa vision du succès espéré pour le TCFD et du rôle que peuvent jouer les comptables

A Facebook IconFacebook A Twitter IconTwitter A Linkedin IconLinkedin An Email IconCourriel

Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, trouve essentiel l’appui que donne CPA Canada aux recommandations du Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (Task Force on Climate-related Financial Disclosures, ou TCFD).

De passage à Toronto en avril dernier, M. Carney s’est entretenu avec Joy Thomas, présidente et chef de la direction de CPA Canada, pour discuter des obligations d’information concernant les changements climatiques et, aussi, du rôle important que le secteur des services financiers a à jouer dans ce dossier. Selon le gouverneur, CPA Canada, ses membres et d’autres acteurs à l’échelle mondiale ont là une belle occasion de contribuer à façonner les bonnes pratiques.

Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, s’est entretenu avec Joy Thomas, présidente et chef de la direction de CPA Canada. 

M. Carney est également président du , qui, à la demande du G20, a créé un chargé de déterminer quelles informations relatives aux changements climatiques les entreprises doivent fournir, de façon volontaire, pour favoriser l’uniformité des rapports. Les entreprises utilisent cet ensemble d’informations pour renseigner investisseurs, créanciers, assureurs et autres parties prenantes.

Trois aspects clés vont concourir au succès des mesures proposées par le TCFD, avance M. Carney : bien définir les recommandations, obtenir l’adhésion des utilisateurs et mettre les éléments en pratique.

Selon lui, la présentation des recommandations au sommet des dirigeants du G20 à Hambourg, en 2017, a été très bien accueillie.

« L’appui de CPA Canada et de ses professionnels est un facteur extrêmement important pour la réussite de ce projet. »

M. Carney poursuit : « […] des établissements financiers contrôlant des actifs d’une valeur d’environ 90 billions $ US approuvent les recommandations et en attendent la mise en œuvre. »

Grâce à l’appui d’acteurs majeurs des milieux financiers, on pourra maintenant prendre des mesures pour éliminer les incohérences observées jusqu’ici dans le processus de communication de l’information financière, ajoute M. Carney.

Selon lui, nous sommes à un tournant propice au succès des efforts du Groupe de travail, et la profession comptable, au Canada, est bien placée pour déterminer l’applicabilité des recommandations.

Ce qui importe, c’est que les professionnels de la comptabilité, au Canada et ailleurs, prennent ces recommandations en compte et analysent ce qui fonctionne bien ou moins bien. Les recommandations s’en trouveront améliorées, de sorte qu’elles soient vraiment utiles à la prise de décisions pour les intéressés, explique Mark Carney.

Il précise que cela va au-delà d’une divulgation statique d’information, pour englober l’analyse de scénarios, la gestion de risques et les processus de gouvernance. « Ce sont des informations à communiquer émanant d’un niveau hiérarchique très élevé, qui demandent beaucoup de jugement. C’est pourquoi l’appui de CPA Canada et de ses professionnels est un facteur extrêmement important pour la réussite de ce projet. »

La communauté financière internationale fera ensuite part des résultats au sommet du G20 en Argentine, en novembre. Les Quatre Grands cabinets comptent y distribuer un rapport conjoint qu’ils préparent, rapport qui recensera les bonnes pratiques. Ces grands cabinets n’ont pas encore déterminé les pratiques exemplaires, mais s’attachent pour le moment à constater ce qui marche bien. En 2019, des ajustements pourront être apportés.

L’ex-gouverneur de la banque centrale du Canada a par ailleurs tenu à souligner le rôle de chef de file que le Canada jouera dans ce qu’il est convenu d’appeler la transition énergétique mondiale. « Le Canada, je dirais presque plus que tout autre pays, participera à chacun des aspects de cette transition énergétique. »

Ensemble, les obligations d’information, l’analyse de scénarios et la gestion des risques et des possibilités vont mener à une transition ordonnée, efficace et en douceur vers un monde à faibles émissions de carbone, espère M. Carney. « C’est pourquoi il faut agir maintenant, et non au moment où les effets des changements climatiques feront rage et où les risques se répercuteront sur les bilans des entreprises. »

Écoutez la ou lisez la transcription de l’entretien.

Transcription de l’entretien

Joy Thomas : Monsieur le Gouverneur, d’abord, j’aimerais vous remercier chaleureusement au nom de CPA Canada d’avoir accepté de vous entretenir avec moi et de répondre à quelques questions.
Mark Carney : Ah oui, un audit... Je suis toujours nerveux quand des comptables me posent des questions!

JT : Le travail abattu par le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques, mis sur pied par le Conseil de stabilité financière, suscite un vif intérêt au sein de notre organisation. Il s’agit à nos yeux d’un travail très important. Je sais que le Groupe a présenté ses recommandations en 2017. Et j’aimerais savoir, de votre point de vue, à quoi tient le succès de ce groupe de travail?
MC : D’abord et avant tout, je pense que l’existence même du Groupe de travail est un premier jalon important. Comme le Groupe est composé de représentants du secteur privé, il propose une solution élaborée par le secteur privé pour le secteur privé. Et cette solution sera appliquée par les clients et les professionnels d’ici et d’ailleurs dans le monde. Ils seront ainsi en mesure de nous dire quelles obligations d’information conviennent, lesquelles doivent être améliorées, lesquelles doivent être allégées et lesquelles doivent être étoffées. Donc avant tout, le premier véritable test viendra des utilisateurs et des préparateurs.

Ensuite, si vous me permettez, j’aimerais parler un peu des réussites du Groupe. D’abord, c’est un véritable exploit de s’employer à tenir compte de plus de 400 types de régimes d’information différents… Et comme vous et vos collègues le savez, le fait que ces informations n’étaient pas assez détaillées, comparables et uniformes rendait cette démarche nécessaire. Les recommandations que nous avons formulées et présentées au sommet du G20 à Hambourg en 2017 ont été un succès.

Mais il faut aussi parler de l’appui aux recommandations. En date d’avril 2018, des établissements financiers contrôlant des actifs d’une valeur d’environ 90 billions $ US approuvent les recommandations et en attendent la mise en œuvre. Donc, les fournisseurs de capitaux souhaitent que ces recommandations soient mises en œuvre. 

De plus, les utilisateurs de capitaux, les préparateurs des comptes commencent à mettre le tout en pratique.

Je pense qu’il faut ici souligner l’importance d’agir au bon moment. Donc, la mise en œuvre gagne la faveur de l’opinion. Et l’essentiel, c’est que les professionnels représentés par votre organisation et des organisations du monde entier utilisent les recommandations, et déterminent ce qui convient le mieux et ce qui fonctionne moins bien. Par ce processus itératif, les recommandations s’améliorent et deviennent vraiment utiles à la prise de décisions des fournisseurs de capitaux.

JT : À CPA Canada, nous travaillons fort sur la question du changement climatique, sur les mesures d’adaptation aux changements et d’atténuation de leurs effets, et croyons que les CPA ont un rôle important à jouer à cet égard. Que peuvent faire les comptables professionnels pour que ces mesures connaissent du succès?
MC : La première chose, c’était d’appuyer les recommandations, ce que CPA Canada a fait... très important!

Nous passons maintenant à la mise en œuvre. Les Quatre Grands cabinets comptables préparent conjointement un rapport en vue du sommet du G20 de novembre, en Argentine, pour cataloguer les bonnes pratiques. Ils ne définissent pas encore les meilleures pratiques, mais tiennent à cerner ce qui fonctionne bien. Ces travaux se poursuivront jusqu’en 2019. Les CPA travailleront avec leurs clients à se demander ce qui est utile à tel secteur, ce qui s’applique moins à tel autre, et comment se servir d’outils comme l’analyse de scénarios – un véritable outil de pointe, utile pour donner une image de la situation.

L’une des possibilités qu’offre cette communication d’information aux entreprises elles-mêmes, mais aussi à la collectivité, c’est de donner une idée de ce à quoi ressemblera la transition énergétique. Et je crois que le Canada – je dirais presque plus que tout autre pays – participera à chacun des aspects de cette transition énergétique.

Et pour réussir à vraiment bien transmettre cette idée, l’information « statique » ne suffit pas. Bien sûr, elle est nécessaire. Mais il faut aussi recourir à l’analyse de scénarios et savoir comment les entreprises gèrent les risques auxquels elles sont exposées et les processus de gouvernance qu’elles mettent en place. Donc ce sont des informations à communiquer émanant d’un niveau hiérarchique très élevé, qui demandent beaucoup de jugement. C’est pourquoi l’appui de CPA Canada et de ses professionnels est un facteur extrêmement important pour la réussite de ce projet.

JT : Exact. C’est une approche très intégrée, qui va au-delà de l’information financière. Il s’agit de penser à tous les volets de l’organisation et à ce qui lui permettrait de définir sa stratégie et de comprendre les risques associés au changement climatique.
MC : Les risques, oui, et évidemment les possibilités – parce qu’il y aura, grâce à ce seuil de deux degrés Celsius, des possibilités. Et l’un de nos constats à l’échelle internationale, du moins pour ce qui est des informations initiales, c’est que les fournisseurs de capitaux qui les ont utilisées les voient comme une fenêtre sur la gestion des risques liés au climat et la manière de tirer parti des possibilités, mais aussi sur la vision de la création de valeur à plus long terme de l’entreprise. Et il y a corrélation entre la gestion de ces risques et la capacité de saisir d’autres occasions dans différents domaines, qu’il s’agisse de données, d’intelligence artificielle, etc. C’est très révélateur.

JT : Le changement climatique est vraiment susceptible de perturber les modèles d’affaires, mais, comme vous l’avez souligné, cette perturbation s’accompagne aussi d’importantes possibilités.
MC : Oui. Et en terminant, je dirais que, devant la perturbation, le banquier central sera toujours nerveux, l’entrepreneur du secteur des technologies, très enthousiaste, et tous les autres se situeront quelque part entre les deux. Et l’un des avantages de bien présenter ces informations, d’utiliser l’analyse de scénarios, de réfléchir à la gestion des risques et à la réalisation des possibilités, c’est de rendre plus probable une transition harmonieuse, méthodique et efficace vers un monde à faibles émissions de carbone. C’est pourquoi il faut agir maintenant, et non au moment où les effets des changements climatiques feront rage et où les risques se répercuteront sur les bilans des entreprises.

JT : Absolument. Voilà, c’est déjà terminé. Je vous remercie beaucoup pour cet entretien. Et au nom de CPA Canada, merci de votre présence. Bon séjour chez vous, au Canada.
MC : Je suis content d’être de retour au pays. Oui. Merci beaucoup, Joy!